La cuisine est l'art d'utiliser la nourriture pour créer le bonheur.

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Vin chaud alsacien

Traditions séculaires et racines alsaciennes surgissent avec force lors des grands événements. Saint-Nicolas, Noël, Nouvel An, Pâques, sont des moments de réjouissances où la famille se retrouvait. 
Surtout autour d'une table, on ne peut renier ses origines...

Le 31 décembre, mon papa arrivait fourbu de son magasin, où il venait d'armer la moitié de la ville avec des tonnes de pétards à mèches, de mitraillettes démoniaques, de fusées de toutes les tailles et de mortiers digne d'une campagne militaire.
Je profitais de mes vacances pour prendre part à la folie qui envahissait petits et grands. Enfin, moyens et grands puisque la Loi ne permettait pas la vente aux mineurs. Officiellement.
Pour ma part, je fourguais quelques paquets de Tigre, Bison, Mamouth et autre Pyratt sous le manteau à l’école… O tempora, o mores.

Depuis le 27 décembre (26 étant férié en Alsace), le petit commerce ne désemplissait pas. Tous les jours, de 6 à 19 heures, un flot ininterrompu de clients avides de poudre noire fréquentait les lieux.

Il faut savoir que dans notre région, devenue depuis championne d’incinération massive de voitures, aussitôt que la nuit tombait, c’est-à-dire vers 14h25, les gens normaux faisaient exploser des milliers de pétards et embrasaient le ciel d’autant de fusées multicolores.
Il va sans dire que l’état d’ébriété avancée des fêtards garantissait le remplissage des salles d’urgence très rapidement.

Mon papa, donc, revenait épuisé de ces cinq jours de pure folie, mais trouvait encore la force de préparer quelques litres de ce délicieux vin chaud.

La maison embaumait les épices et les agrumes. Les vapeurs éthyliques nous montaient à la tête et minuit arrivait toujours par surprise.
Ce divin breuvage sucré, peu alcoolisé était notre potion magique.

Ensuite, peu après les 12 coups de minuit, nous sortions mettre le feu au stade où plus personne ne s’entraînait depuis longtemps. 
Mon père, totalement possédé par ses ancestraux dieux germaniques devenait méconnaissable et, à l’aide du bout incandescent de sa clope, allumait les mèches plus rapidement qu’un artificier professionnel. 
D’ailleurs, j’avais moi aussi une cigarette allumée à la main, moyen le plus efficace pour bouter le feu aux poudres sous le crachin sylvestre.
Étonnement, il n’y eut jamais d’accident à déplorer au sein de la famille, même si mon frère du faire moult cabrioles pour échapper aux boules crépitantes des fontaines romaines que son papa lui tirait dessus. 
Les dieux germaniques sont farceurs. J’avais, pour ma part, compris depuis longtemps qu’il fallait toujours rester derrière lui pour échapper à ses crises du trouble de la personnalité et j’ai encore tous mes doigts.

Tout ça pour introduire ce fameux vin chaud dans lequel nous trempions nos Stolle, et qui, malgré l’évaporation substantielle de son alcool pendant sa cuisson, nous faisait dormir comme des souches...

INGRÉDIENTS
  • 1 bouteille de vin rouge
  • 150g de sucre (goûter, et ajuster au besoin)
  • 1 orange
  • 1 citron
  • 4 bâtons de cannelle
  • 3 badianes
  • 2 clous de girofle
  • 2 morceaux de macis
  • Quelques tranches de gingembre frais (ou morceaux séchés)
  • 5 grains de coriandre
  • 5 grains de poivre
  • 5 cl de kirsch (facultatif)

PRÉPARATION
  1. Peler les agrumes à vifs pour éviter l'amertume (facultatif).
  2. Trancher l'orange et le citron.
  3. Déposer tous les ingrédients dans une casserole, monter doucement à ébullition, baisser le feu et laisser frémir à feu très doux pendant environ 1 heure.
  4. Retirer du feu et laisser infuser jusqu’à refroidissement.
  5. Filtrer, et réchauffer avant le service.
Si après ça vous aimez encore la sangria, vous avez un sérieux problème avec vos papilles gustatives !

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